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Dr Lee Walker
Médecine esthétique

CÉCITÉ APRÈS INJECTIONS DE PRODUITS DE COMBLEMENT FACIAL : PRÉVENTION, RECONNAISSANCE ET PRISE EN CHARGE

Par Dr Lee Walker

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"La cécité due à des injections de produits de comblement facial représente l'une des complications les plus graves dans la pratique esthétique."

Introduction

Au cours des dernières années, les procédures esthétiques non chirurgicales sont devenues une pierre angulaire de la pratique cosmétique. Les produits de comblement dermiques, en particulier, offrent aux patients une option minimalement invasive pour le rajeunissement et le remodelage du visage. Pourtant, malgré leur popularité et leur sécurité générale, une complication se distingue par sa gravité : la cécité consécutive à une injection de produit de comblement facial.

De nombreuses recommandations fondées sur des preuves ont été publiées afin d’aider les praticiens à gérer cet événement rare mais catastrophique. Ces recommandations, issues d’un examen approfondi de la littérature et d’un consensus clinique, visent à élever les standards de traitement et à garantir que les cliniciens soient prêts non seulement à minimiser le risque, mais aussi à agir rapidement en cas de perte visuelle.

Comprendre le mécanisme

La cécité survient lorsque le produit de comblement est introduit accidentellement dans un vaisseau sanguin et migre en sens inverse sous la pression d’injection avant d’être propulsé vers l’avant dans les artères ophtalmique ou centrale de la rétine. Ces vaisseaux irriguent des structures oculaires vitales, et même un petit embole peut interrompre le flux sanguin, entraînant une ischémie (Woo et al., 2012).

Les considérations anatomiques clés incluent le riche réseau d’anastomoses entre les branches de l’artère ophtalmique (notamment les artères sus-trochléaire et sus-orbitaire) et les vaisseaux faciaux tels que les artères angulaire et temporale superficielle (Tansatit et al., 2015).

Des études estiment que le volume intraluminal de l’artère sus-trochléaire, de la glabelle à l’apex orbitaire, atteint en moyenne seulement 0,085 mL (Khan et al., 2017). Même de très petites quantités injectées peuvent donc provoquer une perte visuelle.

Incidence et zones à risque

Bien que rare, la cécité après injection de produit de comblement a été rapportée depuis plus de cinq décennies, à commencer par la description de von Bahr en 1963 d’une perte de vision après une injection de stéroïde dans le cuir chevelu. Le nombre de cas signalés a considérablement augmenté dans les années 2000, parallèlement à la croissance de l’industrie esthétique.

Une revue de 2015 menée par Beleznay a identifié 98 cas mondiaux de modifications de la vision associées aux produits de comblement, la graisse autologue étant responsable d’environ la moitié. L’acide hyaluronique représentait environ un quart des cas.

Les zones anatomiques présentant le risque le plus élevé comprennent :

  • Glabelle (38,8 % des cas rapportés)
  • Région nasale (25,5 %)
  • Sillons nasogéniens (13,3 %)
  • Front (12,2 %)

Bien que ces régions présentent le plus grand risque, les praticiens doivent reconnaître qu’aucun site d’injection n’est entièrement sûr en raison de la variabilité vasculaire (Loh & Chua, 2016).

Présentation clinique

La perte de vision survient généralement en quelques secondes après l’injection, bien que des cas retardés — jusqu’à sept heures après le traitement — aient été documentés (Hu & Hu, 2016). La cécité complète est la présentation la plus fréquente, mais des déficits partiels peuvent apparaître selon le vaisseau impliqué.

Les symptômes accompagnateurs courants comprennent :

  • Douleur oculaire, faciale ou céphalée soudaine et intense
  • Ptosis (chute de la paupière)
  • Ophtalmoplégie (paralysie des muscles oculaires)
  • Strabisme (désalignement des yeux)
  • Énophtalmie (déplacement postérieur du globe oculaire)
  • Œdème cornéen ou inflammation de la chambre antérieure

Des signes neurologiques tels que l’aphasie ou une faiblesse controlatérale peuvent indiquer un infarctus cérébral concomitant, observé dans jusqu’à un tiers des cas (Carle et al., 2014). Une IRM est recommandée pour tous les patients présentant une perte visuelle ou une douleur oculaire après une injection.

Stratégies de prévention

Compte tenu de l’impact dévastateur et de la réversibilité limitée de cette complication, la prévention est primordiale. Les recommandations fondées sur les preuves préconisent les stratégies suivantes :

  • Connaissance détaillée de l’anatomie vasculaire : comprendre la profondeur, le trajet et les variations des vaisseaux selon les régions.
  • Injections petites et progressives : ne pas dépasser 0,1 mL par bolus, permettant au produit potentiellement intravasculaire de se disperser avant les injections suivantes.
  • Injection lente et à basse pression : réduit le risque d’embolie rétrograde.
  • Mouvement constant de l’aiguille : évite le dépôt de grands volumes de produit au même endroit.
  • Aspiration avant injection : bien que non infaillible, peut parfois identifier une injection intravasculaire.
  • Utilisation de canules : une canule émoussée de calibre 25G (ou plus large) est moins susceptible de pénétrer un vaisseau, surtout dans les zones à haut risque.
  • Seringues plus petites : offrent un meilleur contrôle que les grandes.
  • Compression digitale : appliquer une pression sur le rebord orbitaire pendant l’injection peut réduire le risque d’embolie rétrograde.
  • Prudence accrue dans les zones opérées ou traumatisées : les voies vasculaires altérées peuvent augmenter le risque.

La formation, la compétence et la familiarité avec le produit sont des prérequis essentiels. Les praticiens doivent non seulement maîtriser les techniques d’injection, mais aussi être capables de reconnaître et de gérer rapidement les complications.

Prise en charge d’urgence

Une fois l’occlusion artérielle induite par le produit de comblement survenue, il existe une fenêtre estimée de 60 à 90 minutes avant que la cécité ne devienne irréversible (Lazzeri et al., 2012). Une action immédiate et coordonnée est donc cruciale.

Réponse initiale en clinique

  • Arrêter immédiatement le traitement.
  • Placer le patient en position allongée (décubitus dorsal).
  • Appeler un transfert d’urgence vers l’hôpital le plus proche disposant d’un service d’ophtalmologie. Éviter les services d’urgence non spécialisés s’ils retardent la prise en charge spécialisée.
  • Administrer les premières mesures sans retarder la référence :
    • Timolol topique 0,5 % (1–2 gouttes) pour réduire la pression intraoculaire
    • Acétazolamide oral, si disponible
    • 300 mg d’aspirine pour réduire l’agrégation plaquettaire
    • Respiration dans un sac en papier ou inhalation de carbogène pour induire une vasodilatation
    • Massage oculaire doux (2–3 compressions par seconde) pour tenter de déplacer l’embole

Si l’acide hyaluronique était le produit injecté, envisager une infiltration locale d’hyaluronidase dans la zone d’injection. Les injections rétrobulbaires d’hyaluronidase, bien que parfois recommandées, présentent un risque technique important et doivent être réservées aux contextes encadrés par des ophtalmologistes (Zhu et al., 2017).

Interventions hospitalières

Une fois transféré, les traitements spécialisés supplémentaires peuvent inclure :

  • Acétazolamide ou mannitol par voie intraveineuse pour abaisser la pression intraoculaire
  • Anticoagulation (héparine ou énoxaparine) en l’absence de contre-indication neurologique
  • Oxygénothérapie hyperbare pour sauver la rétine ischémique
  • Paracentèse de la chambre antérieure
  • Corticostéroïdes intraveineux
  • Injection transorbitale ou péri-artérielle avancée d’hyaluronidase entre des mains expertes

Malgré ces mesures, le pronostic de récupération visuelle reste faible, ce qui souligne l’importance de la prévention et de la reconnaissance précoce.

Les praticiens doivent également exercer dans les limites de leurs compétences. En l’absence de formation en prise en charge oculaire d’urgence ou à l’utilisation de médicaments tels que l’acétazolamide, des protocoles de référence doivent être établis à l’avance. Informer le médecin traitant du patient et documenter soigneusement l’incident constituent une bonne pratique.

Considérations éthiques et professionnelles

La cécité étant une conséquence particulièrement grave, les praticiens ont l'obligation éthique d'inclure ce risque dans le processus de consentement, aussi rare soit-il. Des discussions transparentes favorisent la confiance et préparent les patients à la réalité des interventions esthétiques.

Les praticiens doivent également exercer dans les limites de leurs compétences. S'ils ne sont pas formés à la prise en charge oculaire d'urgence ou à l'utilisation de médicaments tels que l'acétazolamide, des protocoles d'orientation doivent être établis à l'avance. Il est recommandé d'informer le médecin généraliste du patient et de documenter l'incident de manière exhaustive.

Conclusion

La cécité consécutive à une injection de produit de comblement facial représente l’une des complications les plus graves de la pratique esthétique. Bien que rare, son impact sur la qualité de vie du patient est profond et largement irréversible. Pour les cliniciens, la priorité doit être la prévention, grâce à la connaissance anatomique, à une technique d’injection prudente et à l’éducation du patient.

Lorsque des complications surviennent, une reconnaissance rapide et un protocole d’urgence structuré peuvent offrir la meilleure — bien que limitée — chance de sauver la vision.

Les recommandations fondées sur les preuves constituent une ressource essentielle, rappelant aux praticiens que la médecine esthétique ne se limite pas à l’art, mais implique aussi la responsabilité, la préparation et la sécurité du patient.

En respectant ces standards, la profession peut continuer à offrir d’excellents résultats esthétiques tout en minimisant les risques et en maintenant le plus haut devoir de soin.

Références

  • Beleznay K, Carruthers JDA, Humphrey S, Jones D. Avoiding and treating blindness from fillers: A review of the world literature. Dermatol Surg. 2015;41(10):1097–1117. Carle MV, Roe R, Novack R, Boyer DS. Cosmetic facial fillers and severe vision loss. JAMA Ophthalmol. 2014;132(6):714–723.
  • Hu XZ, Hu JY. Posterior ciliary artery occlusion caused by hyaluronic acid injections into the forehead. Medicine (Baltimore). 2016;95(11):e3124.
  • Khan TT, Colon-Acevedo B, Mettu P, et al. An anatomical analysis of the supratrochlear artery: Considerations in facial filler injections and preventing vision loss. Aesthet Surg J. 2017;37(2):203–208.
  • Lazzeri D, Agostini T, Figus M, et al. Blindness following cosmetic injections of the face. Plast Reconstr Surg. 2012;129(4):995–1012.
  • Loh KTD, Chua JJ. Prevention and management of vision loss relating to facial filler injections. Singapore Med J. 2016;57(8):438–443.
  • Tansatit T, Moon HJ, Apinuntrum P, Phetudom T. Verification of embolic channel causing blindness following filler injection. Aesthet Plast Surg. 2015;39(1):154–161.
  • von Bahr G. Multiple embolisms in the fundus of an eye after an injection in the scalp. Acta Ophthalmol. 1963;41:85–91.
  • Walker L, Convery C, Davies E, Murray G, Croasdell B. Consensus Opinion for The Management of Soft Tissue Filler Induced Vision Loss. J Clin Aesthet Dermatol. 2021 Dec;14(12):E84-E94. PMID: 35096260; PMCID: PMC8794490
  • Woo SJ, Park SW, Park KH, et al. Iatrogenic retinal artery occlusion caused by cosmetic facial filler injections. Am J Ophthalmol. 2012;154(4):653–662.
  • Zhu GZ, Sun ZS, Liao WX, et al. Efficacy of retrobulbar hyaluronidase injection for vision loss resulting from hyaluronic acid filler embolization. Aesthet Surg J. 2017;38(1):12–22

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